

Vendredi, le 06 avril 2012
On s'est réjoui, en France, d'une bonne nouvelle venue de l'est ! Le régime birman, un des plus opaques et abjects du monde, a entrouvert une porte à l'opposition. Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix pour son combat sans violence pour la démocratie et les droits de l'homme, a été largement élue à un poste de député et avec elle nombre de ses partisans.
Comme le dit le proverbe français, « une hirondelle ne fait pas le printemps » : cette concession du pouvoir militaire, qui cadenasse toujours les institutions, ressemble à la démocratie comme la krambamboulia au vin de Bordeaux… Mais c'est au moins un pas dans la bonne direction, suffisant pour réexaminer la politique de l'Union européenne à l'égard de Rangoun.
Les élections du 1er avril en Birmanie témoignent que même un Etat policier et obtus finit par reconnaître qu'il n'a pas la légitimité pour représenter le peuple dans son ensemble, qu'il ne sait pas, mieux que la population, ce qui est bon pour elle, qu'il n'a pas l'imagination pour inventer les solutions à tous les problèmes. Seule la confrontation, le débat d'idées entre le gouvernement et l'opposition au sein d'une Assemblée nationale permettent d'aboutir à des politiques raisonnables qui s'imposent à un pays par la conviction, et non par la force.
Un Parlement sans opposition est-il vraiment un Parlement ? En Europe de l'ouest, on considère que non, et c'est pourquoi des institutions comme Euronest où devaient se rencontrer des parlementaires européens et des parlementaires venus des pays participant au Partenariat oriental ne peuvent pas fonctionner avec tous les Etats concernés. Peut-être qu'un jour, d'autres bonnes nouvelles venues de l'est de l'Europe permettront de régulariser ce processus…
Une autre situation qu'il est utile de régulariser, ce sont nos relations diplomatiques. Fin février, mes collègues de l'Union européenne et de la Pologne ont été « invités » à quitter Minsk. En signe de solidarité et de désapprobation, tous les gouvernements européens ont rappelé leurs ambassadeurs. Un mois plus tard, nous espérons que nous avons été compris.
En attendant, je souhaite à mes amis catholiques de Biélorussie qui fêtent Pâques le 8 avril de joyeuses fêtes et, à défaut de partager leur joie sur place, je leur transmets la carte ci-jointe par l'intermédiaire de ce message. Des symboles biélorusses et français y sont étroitement mêlés, signe de l'objectif de notre relation !

Michel RAINERI, Ambassadeur de France en Biélorussie
Vendredi, le 30 mars 2012
Le meurtre de sept personnes (3 militaires, 3 enfants et un rabbin) dans la région de Toulouse, par un fanatique prétendant lutter contre la politique extérieure de la France, a évidemment suscité beaucoup de débats pendant la campagne électorale. L'opinion a apprécié que six des candidats participent ensemble à une cérémonie à la mémoire des victimes et que les hommes politiques aient évité d'instrumentaliser ces assassinats dans leurs discours. Une minute de silence a été observée dans les écoles, et une marche contre le racisme a été organisée à Paris. Il est réconfortant que, face aux épreuves, la nation sache se rassembler et que les adversaires politiques se respectent entre eux. C'est le fruit de la liberté d'opinion et de la liberté d'expression.
J'ai lu qu'un éditorialiste biélorusse tentait de vous faire croire qu'on n'avait pas de preuve contre le suspect, alors que le propre frère de l'assassin (qui est peut-être son complice) a reconnu les faits ! Je ne vois pas l'intérêt de vous mentir sur ce sujet. Ce « journaliste » aurait mieux fait de vous parler de cet homme, de confession juive, père et grand-père de trois des victimes, qui a déjà appelé le responsable des musulmans de sa ville pour poursuivre le dialogue…
Un autre signe d'espoir est peut-être passé inaperçu en Biélorussie, c'est l'élection présidentielle au Sénégal, un petit Etat d'Afrique où j'ai travaillé il y a une dizaine d'années.
En 2000, j'avais assisté là-bas à l'élection d'Abdoulaye Wade, après un scrutin transparent et démocratique. D'abord, le vote se déroule en un seul jour, ce qui enlève le doute sur ce qu'il advient des urnes la nuit, à la différence des pays où le vote dure plusieurs jours. Ensuite, au Sénégal (comme en France), tout le monde peut assister au dépouillement. Je me souviens que les représentants de chaque parti téléphonaient le résultat de leur bureau de vote à une chaîne de radio. Ce n'était pas très scientifique comme méthode, mais au moins toute la population a pu suivre l'évolution des résultats, et il était impossible à la commission électorale centrale de modifier les chiffres ensuite. Ainsi, très vite, le président sortant, Abdou Diouf, avait félicité son concurrent et adversaire de toujours, Wade. Le 25 mars 2012, celui-ci a fait de même avec son vainqueur, son ancien premier ministre, Macky Sall, dès le soir de l'élection, dès que les résultats ont été clairs.
On voit ainsi que, même dans un pays pauvre, il est possible d'organiser une élection honnête. Il n'y a pas besoin d'installer des caméras partout. Il suffit de la volonté politique d'organiser un scrutin transparent.
Le Sénégal, qui n'avait pas de tradition républicaine, a obtenu son indépendance en 1960. Même si des irrégularités, des conflits et des heurts ont pu se produire, ses présidents successifs (Senghor jusqu'en 1980, puis Diouf, Wade et maintenant Sall) ont été reconnus par l'ensemble de la communauté internationale comme légitimement élus. Après leur défaite, les présidents sortants ont conservé un prestige considérable : Senghor, un grand poète, a été élu à l'Académie française en 1983, et Diouf dirige aujourd'hui une grande organisation internationale. L'exemple sénégalais prouve qu'on peut instaurer la démocratie dans un pays après son indépendance sans attendre des dizaines d'années.
Michel RAINERI, Ambassadeur de France en Biélorussie
Vendredi, le 23 mars 2012
La campagne présidentielle en France a officiellement commencé. Trois femmes et sept hommes, c'est-à-dire dix personnes, se présentent (ce nombre doit vous rappeler quelque chose…). Les Français ont jusqu'au 22 avril, date du premier tour, pour se décider. A dire vrai, nous connaissons bien la plupart des candidats, car tous les journaux parlent de toutes les personnalités politiques, tout au long de l'année.
En France, il est normal que les media d'Etat fassent des reportages critiques sur l'action du gouvernement ou du président de la République , et réalisent des interviews des représentants de l'opposition où ceux-ci peuvent faire connaître leur position : c'est la différence entre journalisme et propagande.
D'ailleurs, pour garantir l'objectivité de la télévision, une commission vérifie en permanence (pas seulement pendant la campagne électorale) que celle-ci accorde autant de temps d'antenne au gouvernement qu'à l'opposition. En cas de déséquilibre, des sanctions sont prévues. Je pense que c'est une règle qui pourrait être appliquée partout, et qui ne coûte que le prix d'un chronomètre.
Avant comme pendant la campagne officielle, les candidats peuvent facilement organiser des réunions dans de grandes salles, des stades ou même à l'extérieur. Un candidat, qui appelle à la révolution, a ainsi défilé à Paris avec ses partisans, de la place de la République à la place de la Bastille. En effet, la liberté d'expression, prévue par la Constitution , est concrètement appliquée. Les chaînes d'information en continu comme i-télé ou BFM-TV retransmettent les discours des candidats en direct.
Je présente ces exemples sans arrogance, ni pour montrer que la France est un modèle. Des problèmes subsistent. Ainsi, pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle, un candidat doit recueillir, non pas 100.000 signatures de citoyens comme en Biélorussie, mais 500 parrainages d'élus. On peut se demander si une telle condition, si un jour elle empêchait un candidat de se présenter alors qu'il serait capable de recueillir plus de 10% des suffrages à l'élection elle-même, est la bonne formule. Je suis moi-même originaire d'une ville où un partisan du maire a essayé de tricher pendant une élection, en cachant des bulletins dans ses chaussettes ! Ceci pour démontrer que la démocratie, une fois conquise, exige ensuite la vigilance de tous pour être défendue.
Elle est un bien commun que chacun est attaché à conserver, et cette valeur, partagée par tous, gouvernement et opposition, contribue à la cohésion de la nation. Cette cohésion est indispensable lorsque notre pays est frappé par des attentats terroristes, comme avant la campagne pour les législatives de 1986, ou ces derniers jours, alors qu'un fanatique a assassiné des militaires ou des enfants dans leur école.
Un petit mot pour conclure à l'attention de mes compatriotes qui habitent en Biélorussie, et qui pourront voter à l'ambassade pour l'élection présidentielle, ainsi que pour les législatives du mois de juin. J'espère qu'ils seront nombreux à participer, pour démontrer ainsi qu'ils tiennent à cette démocratie que nous ont léguée nos parents, et qu'ils sont confiants dans le fait que leur voix compte !
Michel RAINERI, Ambassadeur de France en Biélorussie
Vendredi, le 16 mars 2012
Le 28 avril 2011, quelques jours après l'explosion dans le métro de Minsk, un attentat a fait 17 morts à Marrakech, au Maroc. Je pense qu'on n'a pas dû beaucoup en parler en Biélorussie, car je n'ai reçu, à cette occasion, aucune manifestation de sympathie, alors que huit Français avaient été tués.
Si je parle de ce sujet, c'est que le procès des auteurs présumés a été jugé en appel il y a quelques jours par le tribunal antiterroriste du Maroc, qui a alourdi les peines prononcées en première instance. Les deux principaux accusés ont été condamnés à mort. J'entends souvent dire que les adversaires de la peine capitale, comme moi, changeraient certainement d'avis si un de leurs parents était victime d'un crime horrible. Le procès du Maroc a démontré que ce n'était pas vrai. En effet, l'avocat des familles de victimes a renouvelé à cette occasion sa demande, comme il l'avait fait en octobre, de « ne pas condamner le principal accusé à la peine de mort ». Cette déclaration, pleine de dignité, fait beaucoup réfléchir, vous ne trouvez-pas ?
J'ai aussi profité de mon séjour à Paris pour visiter le mémorial de la Shoah, où l'on montre une intéressante exposition : « le sport européen à l'épreuve du nazisme » (www.sport.memorialdelashoah.org). On y voit le sauteur en longueur allemand, Luz Long, conseiller puis féliciter de manière ostentatoire l'athlète noir américain Jesse Owens, qui a remporté la compétition, sans se soucier de la réaction d'Hitler. C'est une belle image que je souhaitais partager avec vous !
Je sais que vous êtes nombreux à participer aux manifestations du mois de la francophonie en Biélorussie. Et vous avez raison ! Notre ambition est de vous apporter un peu de notre culture à domicile, en espérant bientôt vous recevoir dans nos pays. Le printemps y est si beau… Au moment où je vous écris ces lignes, il fait 20° à Paris.
A bientôt !
Michel RAINERI, Ambassadeur de France en Biélorussie
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Vendredi, le 9 mars 2012
Je suis arrivé à Paris le 4 mars, car le gouvernement français m'a rappelé « en consultation ». En partant, j'ai reçu un accueil magnifique à l'aéroport de Minsk-2, de la part des gardes-frontières, courtois et souriants avec moi, encore plus que d'habitude. Les passagers qui me reconnaissaient, y compris des personnalités officielles, m'ont exprimé leurs regrets, et je leur ai répondu que moi aussi j'étais triste de partir.
La « consultation » consiste à rencontrer quelques uns des responsables de l'administration française pour leur expliquer la situation. A dire vrai je ne leur ai pas appris grand-chose, car d'habitude j'écris plusieurs rapports par semaine. J'ai beaucoup de contacts en Biélorussie et je parle à tout le monde : membres du gouvernement, de l'administration présidentielle, des oblasts, politiciens de l'opposition, défenseurs des droits de l'homme, hommes d'affaires, société civile, mes compatriotes expatriés, et de simples citoyens que je croise dans mes activités sportives, culturelles, dans les Eglises… Ainsi, je recueille les avis de chacun et je peux expliquer à mes autorités ce que les gens pensent, car, bien entendu, tous ne sont pas d'accord sur la politique du gouvernement biélorusse ou sur celle de l'Union européenne.
A vrai dire, à Paris mes interlocuteurs ont d'autres soucis ; les élections en Russie ont suscité beaucoup d'attention. Et puis, nous avons également fermé notre ambassade à Damas. En Syrie, la répression continue et ce sont des dizaines de victimes civiles chaque jour. C'est étonnant que tous les Etats du monde ne se mobilisent pas pour contribuer à la paix dans ce pays, comme le fait la France…
Je pense bien à vous !
Michel RAINERI, Ambassadeur de France en Biélorussie